«
Tous les gosses stupides qui se figurent qu'ils peuvent simplement
s'amuser à y goûter n'existent en réalité que d'une prise à une
autre. Quand on a commencé, il n'y a plus de vie possible sans
drogue, mais c'est une existence dégueulasse d'esclave. »
Éditions :
Presses Pocket.
Genre :
Témoignage.
Année
de sortie : 1971.
Nombre
de pages : 251.
Synopsis :
« "L'herbe bleue" est le journal intime d'une jeune
droguée de quinze ans. Cet ouvrage ne prétend pas décrire le monde
de la drogue chez les jeunes. Il n'apporte aucune solution à ce
problème. C'est une chronique personnelle, spécifique, qui, en tant
que telle, permettra peut-être de comprendre un peu l'univers de
plus en plus compliqué dans lequel nous vivons. Les noms, les dates,
les lieux et certains événements ont été changés, selon le désir
de toutes les personnes mêlées à ce récit. »
Mon
avis :
J'ai
acheté ce livre lors d'une brocante, et je crois bien posséder une
version qui a été achetée aux alentours des années 1970 car le
livre est dans un état incroyable. Moi j'adore ça, j'ai
l'impression qu'il possède une âme lorsque j'observe ses pages
jaunies au point d'en être devenues sombres, son odeur de vieux
manuscrit, son toucher particulier. Je l'ai lu dans le cadre de mon
challenge petites lectures qui m'a permis d'enfin découvrir ce
témoignage dont tout le monde parle.
Alice
écrit un journal intime, et on va y suivre ses années adolescentes,
de son bonheur à sa totale destruction causée par la drogue, avec
évidemment la plus grande intrigue de cette histoire :
va-t-elle s'en sortir ? Ce livre a été
publié anonymement, et passait donc pour un témoignage
dans ses premières années d'existence. Finalement, une psychologue
a annoncé que c'était elle qui l'avait rédigé, mais qu'elle
s'était inspiré du journal d'une de ses patientes ainsi que des
témoignages de nombreuses autres jeunes. Alice a 15 ans, donc son
journal manque évidemment de poésie et le style peut sembler très
enfantin, mais c'est ce qui rend le récit
d'autant plus poignant. Toute cette naïveté, toutes ces
faiblesses qui, au lieu de se développer dans le bon sens, vont
détruire une enfant. Alice, je
m'y suis attachée bien que je
n'ai pas trop accroché au style, mais elle, elle est
humaine, alors évidemment je ne souhaitais qu'une chose, c'était
qu'elle s'en sorte.
Le fait
que cela soit rédigé en tant que journal intime rend l'histoire
très réaliste, très crue, Alice ne mâche pas ses mots, elle y va
directement, quitte à en choquer certains. Mais c'est évident que
ce livre choque, car la drogue ne devrait pas être banalisée. Ce
roman a beau dater d'il y a 45 ans, il est toujours d'actualité, car
la drogue est un sujet qui touche encore (même si les
situations du livre sont loin d'être banales à mes yeux car je n'ai
jamais croisé de collégien qui cherche à se procurer de la drogue
dure sans discrétion, mais ça doit être selon l'endroit où l'on
vit). En tout cas, j'ai bien apprécié cette histoire qui ne nous
cache rien mais qui nous autorise tout de même l'espoir. Ce roman,
s'il ne possédait pas une sorte de morale, serait presque nocif car
les détails donnés par Alice sur les effets que la drogue lui
procure donnent presque envie, en fait. Ce bonheur total lorsqu'elle
avale une pastille. Mais évidemment, il ne faut pas lire ce livre
avec l'envie, mais avec le dégoût de cette substance criminelle.
On ne cesse de vivre des rebondissements mais on s'accroche, on y
croit. J'ai aimé ce côté positif de l'histoire malgré toute
l'horreur, ainsi que la hargne d'Alice. Mais on ne peut
que constater, en lisant ce livre, que la drogue nous détruit dès
la première prise, même si les gens qui en consomment assurent que
non, il faut se renseigner de manière approfondie pour comprendre
les dégâts causés.
La plume
de l'auteur est donc la plume d'Alice. C'est, je pense, le petit
bémol : le style fait très puéril,
voir trop pour une fille de 15 ans tout de même et
j'imagine que ça pourrait en déranger plus d'un à la lecture, donc
je préfère prévenir. Mais ça rend aussi
ce livre authentique, vrai, un livre qui s'ancre dans la réalité de
la vie. Et chacun écrit à sa manière selon son âge, il
faut aussi voir ce détail. Ce style ne m'a pas empêchée d'être
touchée, retournée, choquée par certaines situations, et donc de
ressentir une belle palette d'émotions.
Ce
livre, c'est un journal intime. Seul le style peut déranger
réellement le lecteur. Bien évidemment, les événements aussi
risquent de vous choquer, mais je trouve tout de même que ça vaut
le coup. Il faut savoir ce que c'est ainsi que les dommages que ça
peut causer. Il faut comprendre que ça n'arrive pas qu'aux autres,
et que parfois une seule prise suffit à briser des vies. C'était un
roman terriblement touchant et vrai malgré le fait qu'il soit loin
de la perfection. Je le recommande beaucoup si le sujet vous
intéresse car je pense qu'il est traité, non pas avec brio, mais
avec authenticité.
Un
témoignage touchant.

